Feux dans le S-O

Désolé d'être aussi long, mais ces jours-ci, j'ai lu tellement d'âneries de personnes qui n'ont jamais mis les pieds dans le Sud-ouest, mais qui sont des experts en tout, que je ne résiste pas à faire des corrections.

Le cout des insectes, c'est pour les touristes et les faux écolos qui ont sévi en empêchant le nettoyage d'un pare-feu à la Teste en 2022. C'est malheureusement réel.

Dans ce coin de France, en agriculture, il n'y a rien qui pousse à part le maïs, les asperges, les carottes de sable et ...........les touristes l'été.

Le sol est sableux, extremement pauvre et hyper acide.

Jusqu'au milieu du 19ᵉ siècle le coin était un désert avec des terrains sans propriétaires connus depuis des siècles.
Terrains envahis par le sable de l'océan.
Également terrains marécageux où sévissait le paludisme.
C'est difficile à comprendre quand on n'est pas un régional de l'étape.

Chambrelent et Brémontier, sous Napoléon III sont arrivés à la même conclusion : à part le pin maritime, espèce locale, rien ne pousse.

Le pin maritime a deux réseaux racinaire : horizontal qui retient le sable, pivot vertical qui peut percer les couches imperméables.
Un seul arbre consomme plus de 300 l d'eau par jour, les pins ont aussi aidé à assécher les marécages.
Ne pas partir dans des raisonnements de café du commerce avec le réchauffement climatique qui va tout assécher, l'eau est toujours là, elle vient d'ailleurs et s'accumule dans les points bas.
A 13 km de l'océan, à 100 m de ma maison, il y a encore des terrains où l'on s'enfonce à mi-tibia.

La forêt n'est pas un choix, c'est une obligation.

Circonstance aggravante le chêne pédonculé, espèce la plus répandue, qui poussait à l'abri sous les pins et faisait écran aux incendies, meurt du fait du réchauffement climatique.
Le pin résiste au réchauffement (au moins jusqu'à aujourd'hui, il faut rester prudent) .

Il y a bien le chêne-liège très résistant à la chaleur comme au feu, il était très fréquent le long des routes.
Certains ont dit qu'ils se jetaient sur les voitures, les arbres ont tous été abattus.
Le chêne-liège pousse très lentement, il ne sera jamais une solution d'urgence.

Le problème, ce sont les revenus de la forêt.
Il y a encore 40 ou 50 ans la résine était exploitée et apportait des revenus annuels qui permettaient d'entretenir la forêt. Les arbres étaient abattus au bout de plus de 60 ans.
Maintenant, la résine n'est plus récoltée et les seuls revenus, aléatoires, sont les abattages d'arbres âgés de 30 ou 40 ans.
Comme il n'y a plus de revenus annuels, il n'y a plus d'entretien annuel.

Il y a une différence entre la Gironde (sol moins pauvre) et les Landes (sol hyper pauvre).

Dans les Landes, le Second Empire s'est attribué la partie la plus difficile, la côte et la fixation des dunes, ce qui a donné naissance à la forêt domaniale.
L'État a obligé les communes proches de l'océan à planter, ce qui a donné naissances aux forêts communales.
Pour les terrains plus faciles, plus éloignés de l'océan, l'État a encouragé la création de grosses compagnies forestières. Ceux qui ont lu le livre "La Curée" de Zola comprennent comment cela se passait à l'époque.

Ce qui fait que les Landes sont caractérisées par des propriétés forestières de plusieurs centaines d'hectares avec beaucoup de groupements forestiers.
Avec une bonne gestion, avec des pins de différents ages, il est possible d'avoir des revenus annuels réguliers ce qui permet d'entretenir.

En Gironde où le sol est moins pauvre, où une forêt existait déjà en partie, l'État a été moins présent. Il y a beaucoup de petits propriétaires qui s'en sortaient avec la résine, mais qui maintenant n'ont que les revenus forestiers aléatoires des abatages et qui ne peuvent plus entretenir.
La seule solution, c'est mon avis, est de mettre sa forêt dans un groupement forestier qui aura la taille suffisante et la diversité suffisante pour avoir des revenus annuels réguliers.
Mais là, c'est un autre problème.

En attendant, les grands feux partent de Gironde, ils ne partent pas des Landes et les pompiers des Landes ne font quasiment pas appel aux canadairs.

Contrairement a ce que l'on peut lire, la forêt est quadrillée de tours de guet automatiques. Toute fumée est détectée 24/24. Avec une triangulation le feu est parfaitement localisé et les pompiers partent avec les coordonnées exactes du feu. Des citernes marquées DFCI sont pré-disposées aux endroits stratégiques. La DFCI est financée par les propriétaires forestiers, elle ne coute rien à l'État.

Merci pour ces informations et l'analyse.

J’ai de la famille et des amis dans le coin dont un prof d’histoire intarissable (et très intéressant).

Juste pour être précis dans la chronologie : Nicolas Brémontier a débuté ses travaux de fixation des dunes dès la fin des années 1780, sous l’Ancien Régime, puis entre 1793 et 1801 pendant la période révolutionnaire, donc bien avant le Second Empire. Il est mort en 1809, soit près de 50 ans avant l’arrivée de Napoléon III au pouvoir. Jules Chambrelent a mené ses travaux d’assainissement à partir de 1849 (essais de drainage à Cestas) et a inspiré la loi de 1857 sur l’assainissement et la mise en culture des Landes de Gascogne, adoptée effectivement sous le Second Empire de Napoléon III.

Oui, le socle du système est bien celui-là, mais il faut nuancer sur le financement: au niveau structurel, DFCI Aquitaine coordonne quatre unions départementales sur tout le massif des Landes de Gascogne : Gironde (DFCI 33), Landes (DFCI 40), Lot-et-Garonne et Dordogne, ce sont environ 55 000 propriétaires forestiers et plus de 210 ASA locales. Les propriétaires forestiers cotisent bien de façon obligatoire aux ASA de DFCI, environ 2,5 €/ha/an pour les Landes de Gascogne, et c’est le socle historique du système, unique en France.

Cela dit, les subventions européennes, étatiques et régionales financent les unions départementales et leurs travaux d'investissement. La DFCI 33 a réalisé environ 30 millions d'euros de travaux depuis 2001, financés essentiellement par ces subventions, complétées par l'autofinancement des associations. Au niveau du massif entier, l'État a débloqué 7,6 millions d'euros supplémentaires après les incendies de 2022, notamment pour la Gironde et la surveillance des massifs et on peut penser qu’il y aura une autre grosse enveloppe cette année.

J'espère surtout que les solutions d'après 1949, prise à la suite d'incendies bien plus importants que ceux de 2022 et de 2026 et que les médias oublient soigneusement de citer, seront de nouveau appliquées comme elles sont toujours appliquées par l'ONF dans la forêt domaniale.

Je pense en priorité aux pare-feux.

En 1949 j'avais 3 ans, je ne me souviens que d'une grande agitation floue autour de moi.
Les années suivantes, je me souviens d'avoir beaucoup entendu parler des pare-feux que certains redécouvrent aujourd'hui.

J'ai compris plus tard : le feu qui avait débuté à Cestas avait parcouru 60 km et n'avait été arrêté qu'à 5 km de ma maison qui était alors celle de mon grand-père.

Quant à Chambrelent et Brémontier, vu que j'ai déjà été bien long, je n'ai pas voulu entrer dans les détails.
Wikipédia le fait très bien pour ceux qui sont intéressés.

Pour la DFCI, je n'ai pas regardé de près mes taxes foncières, mais il me semble bien que même sans avoir de forêt, on a quand même un prélèvement, ce qui ne serait pas anormal.

Dans les années 80, munis de mon brevet de technicien papetier (specialité révolue je crois dans l'éduc nat) je suis partis à la rencontre des gascons aux,"Papeteries de Gascogne" à Mimizan dans les Landes.

Industrie de pointe en 1980 à Mimizan dont la specialité était
La pâte à papier
Le papier kraft
Et les sacs en papier.

L'industrie papetiére est grosse consommatrice de feuillus ou résineux.

On ne fait pas de la même façon du papier avec des feuillus qu'avec des résineux, â cause de la résine justement.

Et les papeterie de Gascogne se "nourissait" forcément en trés grande quantité du pin maritime, et par la même occasion, participait à l'entretien de la forêt des Landes.

Les finlandais, suédois, canadiens, ... ont ecrasés l'industrie papetiére landaise et française.

Est ce que la forêt landaise y a perdue?

J'ai mes amis chez moi en ce moment en vacances en fait, c'est pour ça que je fais le savant, il m’avait déjà raconté plusieurs fois ces histoires donc j'ai juste posé la question pour vérifier car ça me semblait confus sur le timing et J'ai eu droit à un exposé que j'ai résumé :)

Pour la taxe locale, en fait la cotisation DFCI est assise sur la surface forestière possédée donc elle ne concerne que les propriétaires de terrains boisés inclus dans le périmètre du massif ➜ Les sylviculteurs sont les seuls à la payer, sans forêt, normalement pas de ligne DFCI sur la taxe foncière.

Ce qui existe par contre ce sont des taxes additionnelles communales ou intercommunales liées aux pompiers (SDIS), qui elles s'appliquent à tous les propriétaires, boisés ou non. C'est peut-être ça que vous avez vu.

Rassures-toi la "papete" est toujours en vie et elle continue de nous envoyer sa bonne odeur de chou-fleur quand il y a de la tempête en mer.

J'ai toujours aimé que le quartier de Mimizan où la "papete" est installée s'appelle le quartier de "Bel air".

Je confirme!

L'odeur spécifique du papier kraft filligrané Alios du noms des strates du sol landais.
Et qui emballe nos baguettes traditionnelle dans toute la France.